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• Après Lussas, édition 2014

J’arrive de Lussas où j’ai vu la projection de « Barak ». Je n’ai pas assisté au débat - je n’aime pas ça, je trouve les débats exhibitionnistes, surtout pour ceux qui posent des questions dont ils connaissent les réponses ou ne veulent pas entrer dans le monde des autres parce qu'ils n'est pas le leur - Je sais qu’il fut houleux. Aussi, je voudrais dire tout le bien que je pense de ce film et de la démarche. J’ai été dérangé et bougé par le montré (les lieux, les gens), par une caméra sans concession, par cette incursion dans ces parcelles d’autour de nous que nous ne visitons jamais en sachant toujours qu’elles existent. Comme passer une porte dans le temps et les espaces dont la proximité ne permet pas toutefois quelles soient aisément franchissable. Un malaise émotionnel entre nostalgie et tendresse, voyage dans cet autour qui est aussi un ailleurs. J’étais avec un ami réalisateur. Ce fut un long débat. Nous nous sommes entendus sur le fait qu’il ne faut rien dire du film après l’avoir vu, qu’il faut attendre qu’il mûrisse dans la pensée, sans doute parce qu’il faut du temps pour réveiller dans les plis de la conscience ce qui est enfoui , ce que je nommerais « le non vouloir voir ». Et bien on a vu. Un beau cadeau donc. Un grand merci. J’ai personnellement aimé cette voix porteuse d’insouciance et de gravité, d’une futile intransigeance, un brin d’obstination, quasi naïve et pleine de vouloir. Présence de cette implication de soi, du « viens voir ce que je vois », telle, qu’à deux tables de vous, nous n’avons pas osé aller vous parler ! Et puis, j’ai aimé une prod qui s’implique et monte au créneau pour défendre ses choix, c’est plus que bien.
Georges Bertolucci, réalisateur, producteur.



• Barak

FR
Là-bas, il y a les baraques. À la périphérie de la ville, là où apparaissent des espaces encore vides et fertils.
Leurs habitants construisent leur espace de vie sur des lieux que les autres condamnent comme non-lieu, transfigurent le terrain vague au milieu des cités, en un lieu d’habitations.
La réalisatrice est avec eux, dans un espace-temps lié au souffle urbain et intime de ces habitants. D’ailleurs ils finissent toujours par en être chassés, expulsés et c’est bien ce perpétuel mouvement qui nourrit l’immobilité du centre.
Dans les odeurs des soupes, du vernis à ongles, de la tendresse des mères, avec les bruits de la débrouille, du train au-dessus des baraques, des jeux exagérés des enfants, la notion du « passage » se mesure à l’oreille.
Seulement la frontière entre des tentatives ratées de sédentarité et l’errance est infime.
Mali Arun est dans son rythme et eux, dans le leur, et d’un coup, plus personne est étranger à l’autre. Alors on n'est plus dans l’errance, mais dans le présent. On n'est plus dans une succession d'échecs, mais dans le geste qui accueille le mouvement.
Plus rien d’autre n’existe que l’épanouissement de cette fraction de vie.
On voyage de Saint-Denis à Arad, de baraques en appartement, de r.e.r en voiture, on sait comment on est transporté, on sait où on va, mais cela nous échappe et apparaît là autrement et autre part, intangible, lumineux, émouvant, à l’endroit aussi surprenant que la spontanéité nait.

Douce Mirabaud, artiste.

EN
Over there, there are shacks. On the outskirts of the city. In the still empty and fertile spaces here and there. Their inhabitants build their living spaces on sites often dismissed with disdain, and transfigure these empty urban lots into livable spaces.
The director of the film is with them, in a space-time connected to the urban breath. She’s on intimate terms with these inhabitants. Inevitably, they always wind up being driven away, expelled, and it is indeed this perpetual movement that feeds the immobility of the center. In the wafting scents of soups and nail polish, the tender gaze of mothers, the rattle of self-reliance, the roar of trains by the shacks, the shrieking playfulness of the children, the notion of passing by is quite an earful. However, the border between missed attempts at sedentary life and wandering is razor thin. Mali Arun is in sync with their rhythm. And, consequently, no one feels like a stranger any longer.
So we’re no longer wandering, but in the present. We’re no longer in a series of failures, but in gestures that embrace this movement. Nothing else exists except the blossoming of this fraction of life. We travel from the Parisian suburb of Saint-Denis to Arad in Romania. From shacks to an apartment. From the Paris métro to an automobile. We know the means of transportation. We know our destination. But it all escapes us and turns out differently in some places along the way, while in others it’s intangible, luminous, and moving, and the place is as surprising as the burst of spontaneity.

Douce Mirabaud, Artist.